Légende

Le Pont Troué


Depuis plusieurs semaines, les habitants de Sars-la-Bruyère n’osaient plus se rendre au marché de Pâturages près de Mons.

Les fermiers qui revenaient après avoir leurs produits avaient chaque fois la même mésaventure : sur le pont du Trouillon (1), ils étaient jetés en bas de leur charrette où de leur cheval par une force invisible.

Ils recevaient comme un coup sur la tête et se retrouvaient détroussés lorsqu’ils retrouvaient leur esprit.

La première fois on crut à une ruse d’un ivrogne : le gros Martin s’était rendu au marché pour vendre un veau et il était revenu les poches vides.

Son épouse ne crut rien de l’histoire et Martin devait subir l’ironie des voisins

- C’est sur le pont ou à l’auberge que tu t’es fait dévalisé, Martin ?

Le pauvre homme ne savait que répondre.

Mais il y eut Bertrand, le meunier, Auguste le marchand de volailles, Gustave marchand de quatre saisons….et bien d’autres.

Chaque fois, cela se passait de la même façon et personne n’avait jamais rien vu.

Monsieur Ernest, l’instituteur du village, était vivement intrigué. Il chercha une explication logique et n’en trouva pas.

- Aussi décida-t-il d’attirer l’attention sur lui.

Il fit courir le bruit qu’il devait se rendre à Mons pour prendre une somme d’argent importante qu’il avait hérité d’une vieille tante.

 Il confia à monsieur le curé :

- Si voleur il y a. Il s’en prendra à moi, croyant que je possède une fortune ! Mais je serais sur mes gardes ! Armé jusqu’aux dents……

Le jour dit, il partit à Mons et attendit le soir pour revenir.

Arrivé près du pont du Trouillon, il hésita un instant….La lune éclairait tout le paysage…. Rien ne Bougeait….

Calme et décidé, mais attentif et sur ses gardes, monsieur Ernest avança pas à pas.

A peine eut-il mis un pied sur le pont qu’il sentit comme deux mains qui s’accrochaient à sa nuque. Il se retourna, mais…ne vit personne.

 Pourtant, il sentait cette force qui lui enserrait la gorge. Il fallait agir et vite, car déjà il suffoquait…..

 Il tira son poignard de sa ceinture et frappa désespérément dans le vide…..Mais déjà il tombait….

Dans un dernier élan, il se redressa et planta son poignard dans le pont.

Alors il entendit un grand cri de douleur, des injures et des supplications……. Pris de frayeur, il s’encouru vers le village en laissant son poignard sur le pont

 Arrivé au bourg, il conta sa mésaventure aux gens. Quelques costaux décidèrent de retourner sur les lieux.

 - Il faut que nous en ayons le cœur net. Il y a du mystère là-dessous.

 Arrivés sur le pont, ils ne trouvèrent nulle part le poignard de l’instituteur. Pourtant, en approchant la torche, on pouvait voir nettement le trou laisser par le coup de couteau : un trou profond......barbouillé de sang !

 - Vous l’avez eu, monsieur Ernest, vous l’avez eu !

Mais qui ? Qui était cet être invisible qui s’attaquait aux braves gens ?  Quelques jours plus tard, on appris la mort de Guenillard, un sinistre personnage qui était venu s’installer dans une cabane près du bois quelques mois auparavant.

On l’avait trouvé exsangue sur son lit, une grande plaie béante dans le côté. Pourtant la cabane se trouvait très loin, à plusieurs kilomètre du pont. Jamais avec une blessure pareille le malandrin n’aurait pu faire le chemin.

Et depuis ce jour, plus personne ne fut agressé. La paix était revenue dans le village et les gens retournèrent sans crainte au marché de Pâturages.

Mais le poignard ne fut jamais retrouvé.... Les gens prétendaient....que Guenillard était de mèche avec le diable et qu’il pouvait voyager rien que par l’esprit, sans être vu..

Comme on ne découvrit rien d’autre cette explication devint légende.....Et aujourd’hui l’endroit porte toujours le nom de  “ Pont Troué ”....

 

(1) Trouillon : affluent de la trouille

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